« Le toucher est un vecteur puissant qui peut libérer une parole »

Perte d’identité et d’estime de soi, solitude, perte de repères… la problématique du rapport au corps des personnes fragilisées est souvent compliquée à aborder. Ariane Rose, psycho-socio-esthéticienne, nous présente son parcours, ses missions et son approche du soin.

Pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Ariane Rose et j’ai créé mon entreprise Esthymie en mars 2017. Avant de devenir psycho-socio-esthéticienne, j’ai travaillé pendant une vingtaine d’année en tant que cadre au sein d’entreprises financières.

Pour me former à ce nouveau métier, j’ai intégré la Paris Beauty Academy à Nanterre, une des seules écoles délivrant le diplôme reconnu au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) et ouvrant sa formation aux personnes externes du milieu de l’esthétique, comme des soignants. La formation dure 15 mois et permet d’être diplômé·e psycho-socio-esthéticien·ne avec le CAP esthétique inclus. Elle est complétée par quatre stages d’un mois et d’une soutenance de mémoire.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Je ne me retrouvais plus dans le monde de l’entreprise, j’éprouvais un certain mal-être et une volonté de travailler autrement. D’un point de vue personnel, j’ai dû faire face à plusieurs épreuves, comme le décès de mes soeurs et la maladie d’Alzheimer de ma maman, qui m’ont réellement fait réfléchir sur mon envie de ré-introduire de l’humain dans mon métier et de me sentir utile socialement.

Quelles sont vos missions ?

Pour faire simple, nous réalisons des soins de support qui s’adressent à toutes les personnes fragiles. Basés sur le toucher (soin du visage, des mains, des pieds, massages, maquillage, maquillage correcteur…), ces soins peuvent être procurés de façon individuelle ou en séances collectives.

Au travers de cette médiation corporelle, notre objectif est de permettre à ces personnes de retrouver un confort cutané, une estime de soi qui peut être altérée par la maladie, d’apprendre des gestes d’hygiène et parfois même de mieux gérer leur stress. On stimule aussi une autonomie restante, on les accompagne sur les repères d’identité et sur le schéma corporel perturbé. Les secteurs dans lesquels nous pouvons intervenir sont très larges, cela va du secteur hospitalier, notamment dans les services d’oncologie, au secteur carcéral, en passant par les instituts et associations qui s’occupent de personnes fragilisées, comme les EHPAD ou encore des foyers pour personnes isolées ou dans la précarité.

À la différence des esthéticiennes qui peuvent également intervenir pour des soins temporaires, nous travaillons en étroite collaboration avec les équipes pluridisciplinaires au sein des structures. On assiste aux réunions, on travaille ensemble les objectifs du patient et on leur fait un retour sur ses évolutions.

Pourriez-vous nous décrire une semaine type ?

Difficile de décrire une semaine type, tant les missions sont variées et différentes ! J’ai effectivement des contrats fixes où j’interviens de façon hebdomadaire, et j’ai ensuite des missions ponctuelles et des soins à domicile.

Concrètement, ma semaine se découpe entre mes interventions dans des structures sociales, comme un foyer de vie d’adultes avec troubles psychiques, des Ehpad, les préparations d’ateliers collectifs, les tâches administratives qui prennent également beaucoup de temps lorsqu’on est à son compte et un peu de temps réservé à mes enfants.

Comment se déroule votre approche avec les patients ?

La 1ère approche se fait souvent par le toucher, les mains. C’est un vecteur puissant qui peut libérer une parole et permettre à une personne fragilisée de se sentir exister. Je me présente et explique au patient ce que je fais. Très vite, il est nécessaire d’instaurer une relation de confiance par le regard, l’écoute et la bienveillance. On échange en amont avec les soignants et les psychologues et chaque soin est personnalisé, adapté à la personne, son vécu, sa pathologie, ses forces et ses faiblesses.
L’écoute est également primordiale dans notre métier. Certains patients ne vont pas vouloir être touchés dès la première rencontre, la première approche se fait alors verbalement. La plupart d’entre eux voient en nous une oreille externe, hors du corps médical et des proches.

Un·e patient·e qui vous a particulièrement marqué·e ?

Majoritairement, ce sont tous des belles rencontres. Ce qui me marque particulièrement ce sont des phrases fortes, comme cette dame qui m’a dit “maintenant, j’ai envie de vivre à nouveau” ou ce monsieur qui s’est regardé dans le miroir avec un “je ne suis pas mal !” alors qu’il avait un gros problème d’estime de soi.

De manière générale, nous suivons l’évolution des patients, dans leurs moments d’amélioration mais aussi dans leurs rechutes, ce qui est assez fort émotionnellement. Je pense par exemple à un groupe de femmes que j’ai vu sur 6 semaines. Au fur et à mesure, elles reprenaient confiance en elles et, quand je les ai quittées, elles avaient toutes un grand sourire. Ou encore cette dame en accueil de jour, qui ne parlait plus et qui crachait. Je l’ai vue plusieurs fois pour des massages des mains et effleurages du visage au pinceau, elle adorait ça. Elle a réussi à lâcher prise, à se détendre, toute l’équipe a vu un réél changement.

Un conseil pour les personnes qui souhaiteraient se lancer dans ce métier ?

J’en ai même 4 !

D’abord, il faut être à l’aise avec le toucher, car il est vraiment au centre de tous les soins.

Ensuite, il faut savoir gérer la juste distance émotionnelle, éviter de faire des transferts. Mais, pas de panique, cela s’apprend durant la formation !

Un autre point très important à avoir en tête, c’est le côté administratif et la prospection. La plupart des socio-esthéticiennes sont à leur compte, il y a donc toute une partie de notre travail qui relève de la gestion et du démarchage commercial. Il faut donc anticiper le travail à la maison et travailler ses compétences rédactionnelles pour pouvoir se présenter, présenter ses soins et rédiger un projet.

Enfin, c’est un métier physique, nous sommes souvent debout et en déplacement, il est donc primordial de se prévoir des temps pour prendre soin de soi pour pouvoir tenir le coup.

 

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Thèmes : Job métier social

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