
Petite enfance : passer de l'accueil collectif à l'accueil individuel
Après plusieurs années en section de crèche, l'envie d'accueillir quelques enfants chez soi, à son rythme, peut se faire sentir pour les professionnels de la petite enfance. Ou, à l'inverse, après dix ans comme assistante maternelle, la solitude du domicile pèse et l'idée de rejoindre une équipe devient tentante.
Ces trajectoires sont bien plus fréquentes qu'on ne le croit : passer de l'accueil collectif à l'accueil individuel, ou l'inverse, est une mobilité naturelle dans les métiers de la petite enfance. Le cœur du métier reste le même : accompagner l'éveil, la sécurité et le bien-être des tout-petits. Ce sont le cadre, le statut et le quotidien qui changent.
Agrément, diplômes, rémunération, ce que dit la réglementation, pièges à éviter : voici ce qu'il faut savoir pour réussir sa transition, dans un sens comme dans l'autre.
En bref
- L'accueil collectif regroupe les crèches, micro-crèches, haltes-garderies et jardins d'enfants. L'accueil individuel désigne les assistants maternels (à domicile ou en MAM) et la garde d'enfants au domicile des parents.
- De la crèche vers l'individuel : il faut obtenir l'agrément de la PMI et suivre une formation obligatoire de 120 heures, avec des dispenses possibles pour les diplômés de la petite enfance.
- De l'individuel vers la crèche : depuis l'arrêté du 29 juillet 2022, trois ans d'expérience comme assistante maternelle agréé permettent de travailler dans l'équipe d'une crèche, même sans diplôme. Une VAE permet ensuite de faire reconnaître ses compétences par un diplôme.
- Des formules à mi-chemin existent : maison d'assistants maternels (MAM), crèche familiale, relais petite enfance.
Accueil collectif, accueil individuel : de quoi parle-t-on ?
En France, les modes d'accueil du jeune enfant se répartissent en deux grandes familles.
L'accueil collectif se fait dans des établissements d'accueil du jeune enfant (EAJE) : crèches collectives, micro-crèches (jusqu'à 12 places), haltes-garderies, multi-accueils, crèches d'entreprise, jardins d'enfants. Ils sont gérés par une commune, une association ou une entreprise. Les professionnels y sont salariés ou agents publics, travaillent en équipe sous l'autorité d'une direction et dans le cadre d'un projet d'établissement.
L'accueil individuel repose principalement sur l'assistant maternel agréé, qui accueille des enfants à son domicile ou dans une maison d'assistants maternels (MAM). Il est le plus souvent salarié des parents, qui sont ses employeurs. La garde d'enfants à domicile (au domicile de la famille) relève aussi de l'accueil individuel.
Entre les deux, la crèche familiale (ou service d'accueil familial) est un modèle hybride : l'assistant maternel accueille les enfants chez lui, mais il est salarié d'une commune, d'une intercommunalité ou d'une association, et bénéficie d'un encadrement (puéricultrice, éducateur de jeunes enfants) et de temps collectifs.
L'accueil individuel reste le premier mode d'accueil formel en France : selon le rapport 2025 de l'Observatoire national de la petite enfance (Onape), 218 000 assistantes maternelles accueillaient au moins un enfant de moins de 3 ans en 2024. Mais leur nombre recule chaque année depuis 2013, tandis que les places en micro-crèches progressent fortement (environ +10 % sur un an).
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Métiers de la petite enfance : pourquoi changer de mode d'accueil ?
Les motivations sont souvent le miroir l'une de l'autre.
Quitter la crèche pour l'accueil individuel, c'est souvent rechercher :
- un petit groupe d'enfants et une relation plus suivie avec chacun d'eux et leur famille ;
- davantage d'autonomie dans l'organisation des journées, des activités et des sorties ;
- moins de bruit et de pression liée aux taux d'encadrement
- la possibilité de travailler chez soi, par exemple pour concilier vie professionnelle et vie familiale.
À lire aussi : "Le bruit en crèche : l'ennemi invisible de la santé des pros ?"
Rejoindre une crèche après l'accueil individuel, c'est souvent rechercher :
- une équipe, des échanges entre collègues et la fin de l'isolement ;
- un salaire fixe et un seul employeur, au lieu de revenus qui dépendent du nombre de contrats et de leurs fins parfois brutales ;
- la séparation entre vie professionnelle et vie privée, en rendant son logement à sa famille ;
- un accès plus simple à la formation continue et à des perspectives d'évolution (référent, auxiliaire de puériculture, éducateur de jeunes enfants, direction adjointe…).
Aucun des deux modèles n'est « meilleur » que l'autre : ils correspondent à des moments de vie et à des tempéraments différents. L'essentiel est de bien mesurer ce que l'on gagne et ce que l'on laisse en changeant.
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De la crèche à l'accueil individuel : mode d'emploi pour les professionnels de la petite enfance
Devenir assistant maternel : l'agrément et la formation
Pour accueillir des enfants à domicile contre rémunération, il faut obtenir un agrément délivré par le président du conseil départemental, après évaluation par le service de protection maternelle et infantile (PMI). Celle-ci vérifie les conditions d'accueil (sécurité et taille du logement, santé, capacités éducatives) et fixe le nombre d'enfants que vous pourrez accueillir, dans la limite de quatre enfants simultanément.
Une fois l'agrément obtenu, une formation obligatoire d'au moins 120 heures, organisée par le département, doit être suivie (décret n° 2018-903 du 23 octobre 2018) :
- 80 heures avant d'accueillir le premier enfant, ainsi qu'une formation aux premiers secours ;
- le reste dans les trois ans qui suivent le premier accueil.
Bonne nouvelle pour les professionnels venus de la crèche : les titulaires de certains diplômes de la petite enfance (diplôme d'État d'auxiliaire de puériculture, CAP accompagnant éducatif petite enfance notamment) peuvent bénéficier de dispenses, partielles ou totales. Le service de PMI de votre département vous précisera ce qui s'applique à votre situation.
Ce qui change dans la rémunération
En accueil individuel, le salaire est calculé par enfant et par heure d'accueil. Il est encadré par :
- un minimum légal de 0,281 fois le Smic horaire, soit 3,46 € brut par heure et par enfant depuis le 1er juin 2026 ;
- un minimum conventionnel plus favorable, fixé par la convention collective des particuliers employeurs : 4,20 € brut par heure et par enfant au 1er juin 2026.
À cela s'ajoutent des indemnités d'entretien (au moins 3,92 € par journée de 9 heures et par enfant au 1er juin 2026) et, le cas échéant, des indemnités de repas.
Les revenus dépendent donc directement du nombre d'enfants accueillis et des contrats signés avec les familles : un départ en maternelle ou un déménagement peut faire baisser les revenus du jour au lendemain. Il faut aussi prévoir le temps consacré aux démarches administratives (contrats, déclarations, relations avec chaque employeur).
Trois alternatives pour ne pas se retrouver seul
Si vous craignez l'isolement du domicile, plusieurs formules permettent de garder une dimension collective :
- La maison d'assistants maternels (MAM) : de un à six assistants maternels peuvent y exercer ensemble, dont quatre au maximum en même temps, pour un maximum de 20 enfants accueillis simultanément. Chacun reste agréé et employé par les parents, mais on partage un lieu, des projets et le quotidien. C'est souvent la transition la plus douce pour des professionnels de crèche.
- La crèche familiale : vous accueillez les enfants chez vous, mais comme salarié d'une structure (commune, intercommunalité ou association), avec un salaire mensuel, une équipe d'encadrement et des temps collectifs réguliers.
- La garde d'enfants à domicile : vous travaillez au domicile de la famille, sans agrément, ce qui permet d'éviter les contraintes liées à votre propre logement.
De l'accueil individuel à la crèche : mode d'emploi
Ce que dit la réglementation
C'est la grande évolution de ces dernières années. L'arrêté du 29 juillet 2022, relatif aux professionnels autorisés à exercer dans les modes d'accueil du jeune enfant, permet aux personnes ayant exercé pendant trois ans en qualité d'assistant maternel agréé d'être recrutées dans l'équipe d'une crèche et d'être comptées dans le personnel chargé de l'encadrement des enfants, même sans diplôme.
En micro-crèche, l'expérience des assistants maternels est encore mieux reconnue : trois ans d'expérience comme assistant maternel agréé peuvent permettre d'occuper un poste habituellement réservé aux professionnels les plus qualifiés (auxiliaires de puériculture, éducateurs de jeunes enfants…).
Lire aussi : "[PORTRAIT] Carine, auxiliaire de puériculture dans une micro-crèche"
Valoriser son expérience par un diplôme
Pour sécuriser son parcours et viser des postes mieux rémunérés, l'étape suivante consiste souvent à obtenir un diplôme :
- Le CAP accompagnant éducatif petite enfance (AEPE) : c'est la suite logique. La formation obligatoire des assistants maternels est adossée à son référentiel, ce qui facilite son obtention, notamment par la validation des acquis de l'expérience (VAE).
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- Le diplôme d'État d'auxiliaire de puériculture (DEAP) : accessible par la formation (avec des allègements pour les titulaires du CAP AEPE) ou par la VAE, il ouvre aux postes qualifiés de crèche, mais aussi à la maternité, à la pédiatrie ou à la PMI. Pour en savoir plus, consultez notre fiche métier auxiliaire de puériculture.
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- Le diplôme d'État d'éducateur de jeunes enfants (DEEJE) : en trois ans, au grade de licence, il permet de devenir référent du projet éducatif, puis d'évoluer vers la direction adjointe ou la direction de structure, comme le raconte Coline dans son portrait d'EJE devenue directrice adjointe.
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Ce qui change au quotidien
Passer du domicile à la crèche demande un vrai temps d'adaptation, y compris pour des professionnels très expérimentés :
- Le travail en équipe : transmissions entre collègues, réunions, décisions collectives, organisation en roulement. On ne fait plus « à sa façon », on applique un projet d'établissement partagé.
- Le cadre et la hiérarchie : protocoles d'hygiène et de sécurité, règlement de fonctionnement, plannings fixés par la direction.
- Le groupe : davantage d'enfants dans une même section, plus de bruit, plus de sollicitations simultanées.
- La relation aux familles : elle devient partagée avec l'équipe, plus encadrée, et passe par des transmissions quotidiennes plus formelles.
En contrepartie, vous gagnez un salaire mensuel stable, des congés et une protection sociale de salarié classique, la possibilité de vous former en continu et des perspectives d'évolution réelles.
Dans de nombreuses crèches publiques, les salaires ont aussi été revalorisés : la Cnaf soutient financièrement, via le bonus attractivité, les collectivités qui augmentent d'au moins 100 € nets par mois la rémunération de leurs professionnels de crèche.
Accueil collectif ou individuel : le tableau comparatif
| Accueil collectif (crèche, micro-crèche) | Accueil individuel (assistant maternel) | |
|---|---|---|
| Statut | Salarié ou agent public | Salarié des parents (particuliers employeurs), sauf en crèche familiale |
| Accès au métier | Diplôme (CAP AEPE, DEAP, DEEJE…) ou expérience reconnue | Agrément PMI + formation de 120 heures |
| Nombre d'enfants | Groupe de section, selon les taux d'encadrement | 4 enfants maximum en même temps (selon l'agrément) |
| Rémunération | Salaire mensuel fixe, selon la grille ou la convention collective | Salaire par enfant et par heure, plus indemnités |
| Lieu de travail | Établissement | Son domicile ou une MAM |
| Organisation | Plannings et projet d'établissement définis en équipe | Grande autonomie, organisation fixée avec chaque famille |
| Travail en équipe | Au cœur du quotidien | Limité, sauf en MAM ou en crèche familiale |
| Évolution | Référent, auxiliaire, EJE, direction adjointe, direction | Formation continue, MAM, passerelle vers la crèche |
Les autres passerelles à connaître
Changer de mode d'accueil n'est pas la seule mobilité possible. Certains postes se situent précisément au croisement du collectif et de l'individuel :
- Animateur de relais petite enfance (RPE) : souvent occupé par un éducateur de jeunes enfants, ce poste consiste à accompagner les assistants maternels (information, ateliers d'éveil collectifs, professionnalisation) et à orienter les familles. Depuis le 1er janvier 2026, les communes de plus de 10 000 habitants doivent disposer d'un relais petite enfance, dans le cadre du service public de la petite enfance. Une opportunité pour les professionnels qui connaissent les deux univers.
- Encadrement en crèche familiale : les puéricultrices et les EJE y accompagnent une équipe d'assistants maternels à domicile.
- Lieux d'accueil enfants-parents (LAEP) et PMI : d'autres lieux où l'expérience de l'accueil collectif comme de l'accueil individuel est précieuse.
Pour découvrir l'ensemble des métiers du secteur, consultez notre article Petite enfance : quels sont les métiers possibles ?
6 conseils pour réussir sa transition
- Faites le point sur vos motivations : que recherchez-vous vraiment, l'autonomie ou l'équipe, la stabilité des revenus ou la souplesse des horaires ?
- Testez avant de vous lancer : une période de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), proposée par France Travail, permet de découvrir une crèche ou une MAM quelques jours avant de s'engager.
- Renseignez-vous auprès des bons interlocuteurs : la PMI pour l'agrément, le relais petite enfance de votre commune pour le quotidien d'assistant maternel, un conseiller en évolution professionnelle pour la VAE.
- Anticipez l'aspect financier : en passant à l'accueil individuel, prévoyez le temps de constituer votre « clientèle » de familles ; en rejoignant une crèche, comparez le salaire proposé à vos revenus actuels, indemnités comprises.
- Valorisez votre expérience sur votre CV : nombre d'enfants accueillis, tranches d'âge, projets menés, relations avec les familles, formations suivies. Inspirez-vous de notre exemple de CV CAP Petite Enfance.
- Préparez l'entretien : un recruteur de crèche voudra savoir comment vous travaillez en équipe ; une famille voudra comprendre votre projet d'accueil. Dans les deux cas, montrez que votre parcours est un atout.
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Passer de la crèche à l'accueil individuel, ou faire le chemin inverse, ce n'est pas changer de métier : c'est changer de cadre pour continuer à faire ce que l'on aime, dans des conditions qui correspondent mieux à sa vie du moment. Les passerelles sont aujourd'hui plus nombreuses et mieux reconnues qu'il y a quelques années, et les employeurs comme les familles recherchent activement des professionnels expérimentés.
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FAQ : passer de l'accueil collectif à l'accueil individuel
Une assistante maternelle peut-elle travailler en crèche sans diplôme ?
Oui. Depuis l'arrêté du 29 juillet 2022, les personnes qui ont exercé pendant trois ans en qualité d'assistant maternel agréé peuvent être recrutées dans l'équipe d'une crèche et comptées dans le personnel d'encadrement des enfants. Un diplôme (CAP AEPE, DEAP) reste un atout pour évoluer.
Une auxiliaire de puériculture doit-elle suivre la formation d'assistant maternel ?
Elle doit obtenir l'agrément de la PMI comme tout candidat. En revanche, les titulaires de certains diplômes de la petite enfance, dont le diplôme d'État d'auxiliaire de puériculture, peuvent être dispensés de tout ou partie de la formation obligatoire. La PMI du département précise les conditions.
Combien gagne une assistante maternelle en 2026 ?
Le salaire dépend du nombre d'enfants accueillis et des heures d'accueil. Au 1er juin 2026, le minimum conventionnel est de 4,20 € brut par heure et par enfant, auquel s'ajoutent des indemnités d'entretien. À temps plein avec plusieurs enfants, la rémunération peut dépasser celle d'un poste équivalent en crèche, mais elle est moins stable.
Qu'est-ce qu'une MAM ?
Une maison d'assistants maternels est un local où un à six assistants maternels agréés exercent ensemble, quatre au maximum en même temps, pour accueillir jusqu'à 20 enfants simultanément. Chacun reste employé par les parents des enfants qu'il accueille.
Peut-on être assistante maternelle salariée d'une commune ?
Oui, dans une crèche familiale. L'assistant maternel accueille les enfants à son domicile, mais il est salarié de la commune, de l'intercommunalité ou de l'association gestionnaire, avec un salaire mensuel et un encadrement professionnel.
Comment passer du CAP AEPE au diplôme d'auxiliaire de puériculture ?
Les titulaires du CAP AEPE bénéficient d'allègements de formation pour préparer le DEAP. Il est aussi possible de passer par la VAE si vous justifiez d'une expérience suffisante auprès de jeunes enfants.