Priorisation des urgences du jour, rédaction de synthèse et de rapports, entretiens et échanges avec les personnes accompagnées… les travailleurs sociaux courent souvent après le temps.
L’intelligence artificielle pourrait-elle être un véritable appui pour libérer du temps et améliorer sa prise en charge ? Ou, ou contraire, invite-t-elle à une « robotisation » du lien social ?
On fait le point.
La majorité des travailleurs sociaux vous le diront : les missions administratives sont souvent vues comme « ingrates » et preneuses de temps sur la relation d’accompagnement.
Lorsqu’elle est bien utilisé, l’IA générative (comme ChatGPT , Gemini ou équivalent) permet notamment de :
L’IA peut donc être une vraie aide pour alléger votre charge administrative, en tant que professionnels du social.
⚠️ Les point de vigilance : Attention à ne pas fournir de données sensibles ou personnelles aux IA. Les personnes ou situations ne doivent pas être identifiables. Si possible, utilisez une IA sécurisée, en circuit fermé. N’hésitez pas à en parler avec votre employeur.
Au-delà de l’aide administrative, l’intelligence artificielle peut également être utile pour challenger sa propre posture professionnelle. Loin de remplacer les échanges avec vos collègues ou les groupes de pratique avancées, elle peut toutefois vous permettre de mettre vos idées au clair et d’avoir un regard neutre et structuré pour prendre du recul sur une situation compliquée.
Par exemple :
⚠️ Les point de vigilance :
L’IA apprend à partir des données qu’on lui fournit. Or, ces données reproduisent souvent des biais humains (biais de sélection, biais de similarité, biais de confirmation…), qui peuvent se faire ressentir dans les exemples et mises en situation.
Aujourd’hui, près de la moitié de la population française utilise l’intelligence artificielle. De plus en plus de personnes accompagnées par les travailleurs sociaux l’utilisent également pour chercher des réponses à leurs questions, trouver du support ou des pistes d’actions facilement activables face à une situation difficile.
Adrien Guionie, travailleur social dans la protection de l’enfance, explique dans un webinaire que les parents recherchent par exemple sur ChatGPT ce qu’est une information préoccupante et peuvent parfois prendre peur devant des termes comme « placement ». Alors qu’avant il expliquait la procédure au premier rendez-vous, maintenant il doit d’abord déconstruire les idées reçues avant d’expliquer.
Confidentialité des données, prise de recul, vérification des informations… Les professionnels du travail social ont donc un vrai rôle de prévention à jouer auprès des personnes accompagnées, dans leur utilisation même de l’intelligence artificielle.
Autre exemple : l’IA est souvent utilisée pour rédiger des courriers à destination des administrations ou de la MDPH par exemple, dans le cadre d’une demande de droits ou de renouvellement. Cette aide peut être précieuse et permettre à certaines personnes de réaliser la démarche, mais le travailleur social reste indispensable pour vérifier les données transmises et éviter les erreurs qui risquent d’alourdir la procédure.
Dans un entretien réalisé par le Média Social, Nicolas et Adrien, deux travailleurs sociaux, expliquent utiliser l’IA générative avec des jeunes qu’ils accompagnent, dans la rédaction de lettres de motivation ou pour constuire leur projet d’orientation professionnelle par exemple. L’idée est de ne pas faire « à la place de » mais s’adapter avec les outils en place.
L’enjeu ? Les travailleurs sociaux doivent être formés aux outils d’IA génératives, pour comprendre leur fonctionnement, les bénéfices et les contraintes associées. Cette formation est nécessaire pour être moteur et réaliser de la prévention auprès des personnes accompagnées.
C’est l’une des craintes qui revient le plus pour les travailleurs sociaux et les professionnels de l’accompagnement : et si on avait plus besoin de moi ? Si la crainte peut apparaître comme légitime, les retours terrains prouvent que la relation humaine reste essentielle.
Une intelligence artificielle, aussi développée soit-elle, restera neutre et factuelle. Elle n’est pas capable de faire preuve d’empathie, d’identifier une détresse ou de comprendre les non-dits silencieux lors d’un échange en face à face.
L’ensemble des acteurs et des représentants des métiers du social s’accordent pour dire que le secteur n’échappera pas à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Elle peut même une réelle opportunité, à condition que ses enjeux soient compris, adaptés à une réalité terrain et encadrés.
De nombreux groupes de travail, recherches et expérimentations voient le jour dans le secteur du social. C’est le cas par exemple de la recherche menée conjointement par LaborIA et la Direction Générale de la Cohésion Sociale. Elle a pour objectifs de :
Les différentes associations et fédérations professionnelles du secteur social commencent à prendre le sujet de l’intelligence artificielle en mains. C’est le cas par exemple de la CNAPE, qui a publié fin décembre 2025 une première note de positionnement sur l’intelligence artificielle en protection de l’enfance.
Elle a notamment identifié 5 axes de réflexion prioritaires pour un usage responsable de l’IA :
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Si les possibilités d’évolution de l’intelligence artificielle sont encore méconnues, elle reste surtout utile aux travailleurs sociaux pour alléger leur charge administrative et se recentrer sur la relation d’accompagnement. Le secteur a tout intérêt à se saisir de la question, encadrer son utilisation et même en faire un atout pour augmenter l’attractivité des métiers du social.
Pour aller plus loin sur le sujet :