Le confinement, un vecteur de changement pour les structures sociales et médico-sociales ?

Le 27 avril dernier, 5 professionnels du social et médico-social étaient en live sur la page Facebook de Staffsocial, lors d’une conférence organisée avec Epsilon Melia.

Quelles sont les transformations engendrées par la crise pour les institutions et lieux de vie, tels que les MECS, EHPAD, MAS, SESSAD, CHRS, FAM, SAMSAH, SAVS et foyers ? Comment maintenir l’accompagnement des personnes en situation vulnérable malgré des équipes en sous-effectif et des mesures barrières strictes ? Quel bilan peut-on faire de ces innovations et que retirer de cette situation sans précédent ?

Pendant plus d’une heure, les intervenants ont partagé leur expérience et ont échangé avec les internautes. Vous avez manqué le live ? Retour les grands axes de la discussion :

Rendre possible l’impossible d’hier

Dans son introduction, Eric Waroquet, co-fondateur d’Epsilon Melia et ancien directeur d’établissement, revient sur le contexte général de crise qui bouleverse notre quotidien, notre façon de travailler et accélère le changement des structures sociales et médico-sociales. Comment accompagner des personnes vulnérables ? Comment forcer des personnes, parfois en situation de handicap ou avec des troubles comportementaux, à respecter les gestes barrières et à se confiner dans un espace restreint ? Pourtant, contrairement à ce que l’on aurait pu penser au début du confinement, les structures sont loin d’avoir implosé. Même si la peur et l’angoisse sont présentes, la crise a aussi eu un effet bénéfique. La levée des contraintes administratives a pu permettre l’émergence d’initiatives qui paraissaient impossibles il y a quelques mois. Par exemple, une équipe au sein d’une MECS (Maison d’enfants à caractère social) a organisé son planning de façon à ce que les éducateurs soient présents 3 jours de suite 24h/24 et en repos les 3 jours suivants. Les enfants ont été rassurés par cette continuité de suivi toute la journée.
Pour Eric Waroquet, “cette expérience de confinement au sein des établissements sera vecteur de changements. Nous ne souhaitons pas que, dans les établissements sociaux et médico-sociaux, le cours des choses reprenne à l’identique.”

Accélérer la transition numérique des structures

Un des premiers changements constatés a été l’accélération de la mise en place d’outils informatiques, encore trop peu utilisés dans les structures sociales et médico-sociales. Stéphanie Rorhbach, éducatrice spécialisée et formatrice spécialiste de l’autisme, revient sur l’exemple d’un IMP qui accueille 70 enfants et adolescents en situation de handicap mental : “L’équipe de direction a dû organiser très rapidement le télétravail avec l’équipe soignante et l’accompagnement des familles à domicile. L’établissement, qui utilisait très peu les outils numériques parce que ce n’était pas la priorité, a dû s’y mettre rapidement. Ça a bousculé les pratiques et les modalités de communication entre les professionnels.

Ces outils ont été nécessaires pour garder le lien avec les familles et assurer le suivi avec les enfants.L’établissement a mis en place des correspondants qui ont appelé les familles 1 à 2 fois par semaine pour prendre des nouvelles. Le premier constat est que le suivi est vraiment indispensable, ne serait-ce que pour assurer la bonne prise des médicaments pour ceux avec des traitements psys. Ensuite, les éducateurs et les enseignants ont élaboré des fiches d’activité et une gazette adapté au handicap des enfants pour maintenir le lien sous forme plus ludique, avec des conseils comme “comment rester calme” ou “comment aider les parents à la maison”, des recettes, des jeux… »

Redonner une place centrale aux parents

D’une manière générale, les intervenants s’accordent à dire que le confinement s’est plutôt bien passé, qu’une nouvelle routine s’est installée entre la famille et les professionnels. Pour Stéphanie Rorhbach, « on peut aussi imaginer que ça va permettre à certaines familles de reprendre un peu confiance en elles dans ce rôle de parents d’enfants en situation de handicap et que ce travail d’accompagnement des parents va perdurer. »

Avec le confinement, les éducateurs sont en attente des retours des familles et ont un réel rôle d’accompagnateurs. Isabelle Jarrige, psychologue clinicienne et formatrice, abonde dans ce sens : « La distance sociale du télétravail nous contraint (NB : les travailleurs sociaux) à travailler l’observation, on ne peut plus faire à la place de, on est contraints de se tenir à ce que nous disent les familles et à en faire une analyse fine. »

Retrouver du sens dans son métier de travailleur social

Les structures sociales et médico-sociales ont aussi dû faire face à une autre problématique : le refus de certains professionnels de venir travailler, dû à une peur du virus ou encore à une contrainte personnelle d’organisation. Les équipes se sont réduites, les cadres et la direction ont dû retourner sur le terrain. Cédric Lopez, ancien directeur d’établissements et praticien de l’analyse des pratiques, confirme : « J’ai vu un cadre qui m’a dit qu’il avait remis son bleu de travail. Ce qui est intéressant, c’est que cette période leur a permis de se poser la question “mais pourquoi je suis cadre ? Au final, c’est ça ce que j’aime faire, le terrain, c’est là d’où je viens.” »

Le retour des cadres sur le terrain et la levée des contraintes administratives a permis aux travailleurs de se concentrer sur l’essentiel : la relation à l’autre. Pour Agnès Jégo, thérapeute familiale systémicienne, « il y a une possibilité pour eux de se réapproprier leur cadre de travail, de parfois renverser certaines modalités et de retrouver du sens, de l’implication et du plaisir dans leurs actions. On vit ce qu’on fait. (…).Les contraintes horaires qui pesaient parfois, on a l’impression que tout est levé. Aujourd’hui, on ne parle plus de budget, il y a une parenthèse. » Cette disponibilité et cet état esprit a un impact positif sur les jeunes. Agnès Jégo revient sur l’exemple d’un service d’accueil d’urgence qui a vu une baisse des fugues des jeunes. « Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte bien sûr, mais il y a une disponibilité psychique de la part des encadrants qui donne à voir un autre visage. Il y a quelque chose qui contient les jeunes. »

Le confinement a permis aux professionnels de « lâcher le contrôle » et « oser le transfert ». Pour Cédric Lopez, « l’informatique a aussi permis d’avoir une relation différente avec les membres des équipes. Ils sont rentrés dans l’intime, ont pris des nouvelles de leurs collègues et ont dû prendre le relais quand une personne ne pouvait pas venir suite à une contrainte personnelle. (…) Nos établissements étaient beaucoup dans le cloisonnement, mais on se rend compte que, dans nos métiers, ça ne marche pas tout le temps comme ça parce que nos métiers sont des métiers de la relation. »

Des activités qui étaient devenues interdites, comme construire des cabanes ou faire de la cuisine, revoient le jour, les rapports de hiérarchie entre les professionnels s’horizontalisent et une solidarité s’est mise en place. Pour Eric Waroquet, « on voit aussi dans la jeune génération des éducateurs très engagés. Si ça marche, c’est qu’on est tous dans le même bateau. Pour paraphraser Nicolas Bouvier : “on ne voit jamais autant de solidarité que lorsque l’on est dans la galère.” » Cette citation résonne particulièrement aujourd’hui.

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