Images « choc » en Ehpad : quelles conséquences ?

Deux reportages consécutifs réalisés au sein d’Ehpad ont relancé le débat sur la prise en charge des personnes âgées en France. Le sujet a été porté à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement.

Le 7 octobre, M6 diffusait un reportage de Zone interdite sur les conditions de vie de certains résidents d’Ehpad. Plusieurs images, montrant des soignants débordés et des personnes âgées qui en subissent les conséquences, ont choqué les téléspectateurs. Pis, certaines, tournées en caméra cachée, montraient une journaliste embauchée en tant qu’aide-soignante, bien qu’elle ne dispose d’aucun diplôme ni de qualifications particulières pour ce métier.
Quelques semaines auparavant, c’était une enquête d’Envoyé spécial sur France 2 qui suscitait l’indignation, pour les mêmes états de fait avec, en toile de fond, une critique des bénéfices « records » réalisés par les groupes détenteurs de ces Ehpad. Une aide-soignante qui avait témoigné à visage découvert, alors en période d’essai, avait d’ailleurs perdu son emploi au lendemain de la diffusion.

Un secteur en crise

Dans ce contexte, le Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa), a dénoncé « un montage de cas exceptionnels, de critiques de salariés en conflit avec leur employeur, tous plus spectaculaires et anxiogènes les uns que les autres ». Il a appelé à ce que ces « exceptions montées en épingle » ne jettent pas « l’opprobre sur tout un secteur ».

L’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) a également réagi : « Manque de temps pour accompagner des résidents à manger », « les accompagner à se laver », « les accompagner dans les actes de la vie quotidienne », « leur proposer des activités »« Si ce constat est exact, il est une réalité pour l’ensemble des établissements, quel que soit leur statut juridique, comme il l’est également pour les personnes accompagnées à domicile ».

Une réalité dénoncée lors de deux journées de grève nationale organisées les 30 janvier et 15 mars derniers par de nombreuses organisations syndicales (AD-PA, CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FA-FP, FO, FSU, Solidaires, UFAS et UNSA).
Considérant que c’est l’ensemble du secteur de l’aide aux personnes âgées qu’il convient d’améliorer, elles appelaient collectivement à l’ « application d’un agent ou un salarié par résident, tel que prévu par la Plan Solidarité Grand Age », l’ « arrêt des baisses de dotations induites par la convergence tarifaire » ou encore à l’ « amélioration des rémunérations, des perspectives professionnelles et des carrières » dans le secteur.

Le débat porté à l’Assemblée

Après la diffusion du reportage de Zone interdite, Christine Pires-Beaune, députée socialiste du Puy-de-Dôme, a interpelé Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, lors des traditionnelles questions au gouvernement. Elle a notamment insisté sur le fait que certaines séquences de cette enquête donnaient « la nausée ».
La ministre a alors rappelé les mesures du gouvernement vis-à-vis des plus âgés. « Nous avons rajouté dans le PLFSS 100 millions d’euros pour accompagner la part soignante » dans les Ehpad et « 10 millions d’euros pour équiper les établissements en infirmiers de nuit, afin d’éviter des hospitalisations inutiles », a-t-elle ainsi expliqué. Elle a ajouté avoir « prévu 1 500 places d’hébergement temporaire » et « confié au Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie et au Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge une réflexion globale sur l’avenir de nos aînés, sur la dépendance à l’horizon 2030 ».

 

Envoyé spécial. Maisons de retraite : derrière la façade – 20 septembre 2018 (France 2)

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