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Poser ses limites quand on travaille dans la relation d’aide

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Derrière le choix des métiers du médico-social et du social, on retrouve souvent cette culture du « don total de soi », quitte à s’oublier. Le « sens du sacrifice » ou encore la volonté de devoir être toujours disponible reste encore très pregnant dans ces secteurs. Beaucoup ont peur d’être perçus comme égoïstes, voir incompétents, en posant des limites.

Pourtant, dans ces professions où l’implication émotionnelle est forte et où la frontière « perso-pro » peut-être floue, poser ses limites ne nuit pas à la relation d’aide. Au contraire ! On t’explique pourquoi.

Définition des limites en milieu professionnel

Pour bien comprendre la suite de cet article, revenons d’abord sur la notion de limites en milieu professionnel. Elles désignent l’ensemble des frontières – explicites ou implicites – qui définissent ce qui est acceptable ou non dans la relation entre le professionnel et la personne aidée.

En plus clair, ce sont les règles que tu te fixes pour toi-mêmes dans différentes situations et relations. Elles peuvent varier selon le contexte et la personne. Par exemple, tu peux te fixer des limites différentes selon ta charge de travail du moment ou selon ton interlocuteur.

Nedra Glover Tawwab, thérapeute et auteure, identifie trois types de limites :

L’enjeu, en tant que travailleur du social et médico-social, est de trouver les limites qui sont saines pour toi.

Pourquoi fixer des limites ?

Exemple de situation :
Karim, travailleur social en CHRS, se retrouve à répondre aux appels d’un usager à 22h, le week-end, ou en congé. L’usager devient de plus en plus dépendant et exigeant. Karim se sent envahi et commence à éviter cet usager. La relation s’en trouve détériorée.

De par leur mission d’aide et d’accompagnement à la personne, les professionnels du médico-social et du social tisse généralement des relations étroites avec les personnes accompagnées. Ce lien de proximité est essentiel pour établir un environnement de confiance mais, s’il n’est pas encadré des limites claires, peut mener à une confusion des rôles.

Sans limites, le professionnel peut vite se sentir dépassé par la relation, avec le sentiment d’être allé « trop loin », sans savoir revenir en arrière.

Exemple de situation :
Sophie, éducatrice spécialisée en foyer de l’enfance, accepte régulièrement de faire des heures supplémentaires non payées pour “ne pas laisser tomber l’équipe”. Après plusieurs mois, elle se sent épuisée, irritable, et commence à avoir des troubles du sommeil. Elle culpabilise à l’idée de dire non, même quand elle n’en peut plus.

Ne pas fixer de limites professionnelles – en acceptant des heures supplémentaires non payées ou des missions qui sortent totalement de votre scope – peut entraîner un risque d’épuisement.

Dans le secteur du social, ce risque est d’autant plus accru qu’il s’ajoute à un risque de fatigue compassionnelle. La fatigue compassionnelle se définit par le contact prolongé avec la souffrance d’autrui qui peut déclencher des symptômes comme la colère, la dépression et l’apathie.

À regarder : «[Replay ▶️] Le traumatisme vicariant : reconnaître et prévenir »

Comment faire pour fixer des limites dans le secteur médico-social ou social ?

Les limites sont propres à chacun. Par exemple, peut-être que toi, tu refuses d’ouvrir tes mails en dehors des heures de travail alors que ton collègue commence la journée plus sereinement s’il a pu lire ses mails avant, au calme. Ou encore, tu adores peut-être raconter ton week-end autour d’un café alors que ta collègue ne partage même pas le prénom de ses enfants.

Dans un premier temps, il est nécessaire d’identifier :

Attention : poser ses limites ne signifie pas non plus faire le strict minimum ou ne plus rendre service à un collègue en difficulté par exemple. Mais apprendre à doser pour ne pas s’épuiser et éviter qu’une charge de travail collective devienne une charge de travail individuelle.

Une fois tes limites établies, détermine un cadre cohérent mais ferme.  Affirme tes limites avec bienveillance, en utilisant le « j’ai besoin » ou « je préfère » plutôt que « il faut » par exemple.

Exemples de limites professionnelles :

Auprès de tes collègues :

Auprès des personnes accompagnées :

Pour que tes limites soient respectées, il est nécessaire de respecter celles des autres. Par exemple, si tu demandes à un collègue de t’aider pour un dossier que tu n’as pas le temps de terminer, vérifie que cela n’implique pas une surcharge de travail trop importante pour lui.

Pour éviter tout débordement, un travail en équipe peut être fait pour harmoniser les pratiques et faire le point sur les limites de chacun. D’autres outils peuvent être mis en place comme une charte à respecter, des points réguliers, une écoute active de la part des encadrants…

Le soutien des encadrants est essentiel. Ils aident à clarifier les rôles, discuter des attentes de chacun et des attendus qui sont intrinsèques au métier exercé.

Les managers ont un vrai rôle de soutien, d’écoute mais doivent aussi pouvoir repérer les signes d’alertes si des limites ne sont pas respectées.

Les limites ne sont pas fixes et peuvent évoluer. Tu peux les redéfinir si tu sens qu’un cadre ne te correspond plus ou entrave la relation avec la personne accompagnée.

À l’inverse, si tu as l’impression de devoir poser des limites trop souvent ou de rappeler constamment le cadre, l’organisation de travail ou le mode communication est peut-être à revoir. Par exemple, en redefinissant les missions de chacun ou en formalisant les limites par écrit (livret d’accueil,  horaires sur la porte du bureau…). N’hésite pas à en parler à ton chef de service ou manager.

Poser ses limites quand on travaille dans la relation d’aide est nécessaire pour respecter sa santé mentale, mais également pour pouvoir accompagner avec la bonne distance.

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