La traversée du COVID, durant le confinement, la période du dé-confinement, et aujourd’hui…

6 mois après une première table-ronde sur l’impact du Covid-19 sur les secteurs du médico-social et du social, Staffsocial et Epsilon Melia ont de nouveau réuni 5 professionnels de terrains autour de table. Quels enseignements peut-on tirer de cette crise ? Comment intégrer les gestes barrières dans notre quotidien ? Comment envisager l’avenir ?

Mickael Loones, directeur de l’association Eclat, Bruno Mouchard, directeur de l’association La vie au grand air, Anaïs Hubert, psychologue clinicienne à l’hôpital d’Argenteuil, Béatrice Lacaze, directrice adjointe de la maison du Sacré Coeur étaient présent en direct sur nos réseaux sociaux le 12 octobre dernier pour en discuter. La table-ronde était animée par Eric Waroquet, co-fondateur d’Epsilon Melia.

Retrouvez l’intégralité de la conférence, ainsi que les principaux axes des échanges ci-dessous :

« Faire avec » le virus

Les 5 intervenants sont formels, la traversée n’est pas finie, nous sommes encore loin d’en voir le bout. Les gestes barrières et le masque se sont introduits dans la relation à l’autre au quotidien. Pour Anaïs Hubert, « le port du masque est devenu un élément d’observation clinique supplémentaire. » Les patients réagissent différemment à ce nouvel élément, certains sont angoissés par cette distance soudaine, d’autres, au contraire, sont rassurés car ils se sentent plus en sécurité. « Le fait de rendre le port du masque obligatoire a permis aux patients de refaire des consultations en présentiel. Pour ceux qui ont beaucoup souffert du confinement, c’est un vrai soulagement. » « Le masque ramène un effet d’étrangeté, un élément extérieur à la relation, il a fallu se rencontrer à nouveau. » Anaïs Hubert reconnaît toutefois « qu’il y a quand même ce manque d’observation des expressions du visage. En tant que thérapeute, on essaie d’envoyer de l’empathie à nos patients et on est un peu frustré par cette distance et cette froideur qui peut s’installer avec le port du masque. »

Un avis partagé par Bruno Mouchard. S’il ne remet pas en cause l’importance du masque, « il est quand même un frein à la relation. Toute une partie des mimiques et des expressions est gommé par le masque. »

Prévenir le risque d’épuisement

Pour Mickaël Loones, « la période du déconfinement a été plus difficile à gérer que le confinement. Pendant le confinement, les consignes étaient claires alors qu’on a dû faire face à des discours paradoxaux au déconfinement. Les directeurs se sont sentis assez seuls pour affronter ces discours. » Autre problématique : le retour des professionnels qui n’ont pas pu venir travailler pendant le confinement. « Pendant 2 mois, une dynamique de groupe s’était créée, il a fallu remobiliser, recréer une cohésion de groupe. »

Béatrice Lacaze revient sur sa propre expérience, au sein d’une MECS : « On a mis du temps à se déconfiner, les vacances ont fait du bien, à la fois aux professionnels et aux jeunes. Mais la rentrée a été beaucoup plus morose, on s’attendait à retrouver des moments conviviaux, un peu de vie et de joie mais nous sommes dans une grande incertitude. La question est : comment on va durer sans se fatiguer ? »

Aujourd’hui, c’est cette incertitude qui pèse le plus sur le secteur du social et du médico-social. « Zone rouge, pas zone rouge ? Les gymnastes ferment mais pas dans toutes les villes… Est-ce qu’on va pouvoir fêter noël ensemble ? Ce sont des micro-questions qui, mises bout à bout, créent une grande dose d’incertitude. Comment se projeter quand on est sur de l’instabilité ? » interroge Bruno Mouchard.

Pour Anaïs Hubert, « l’épuisement était déjà une menace avant la crise mais là on est confrontés en plein fouet. La communication est très importante, il faut se serrer les coudes. »

« Il faut comprendre qu’aujourd’hui, l’angoisse est à tous les étages – la direction, les familles, les professionnels » précise Mickaël Loones. Mais comment prendre soin des professionnels quand on a pas de visibilité ? Parmi les initiatives mises en place par les structures, Mickaël Loones explique : « Prochainement, nous allons organiser une réunion avec des professionnels de chaque service pour leur demander s’ils préfèrent une politique de “stop and go”, c’est-à-dire qu’entre chaque vague, on revient sur un dispositif qui fonctionne normalement pour qu’ils puissent souffler ou, à l’inverse, est-ce qu’il vaut mieux avoir un dispositif dégradé mais qui tient plusieurs vagues ? C’est important d’échanger avec eux pour qu’ils nous disent ce qui les épuise le moins. »

Bruno Mouchard soulève également la difficulté socio-économique du secteur : « Avec des budgets très contraints, le “prendre soin de soi” est difficile, notamment de façon matérielle. On essaye de mettre en place des alternatives (yoga, sophrologie, médecine chinoise…) pour permettre à nos équipes de faire face aux situations stressantes. »

Un secteur en perte d’attractivité

Car derrière l’usure des professionnels, une question est en suspens : comment rester attractifs dans un secteur de plus en plus complexe, avec des dispositifs dégradés ?

« Ça fait 20 ans que les salaires des travailleurs sociaux sont gelés et les conditions de vie dégradées. Personne ne dit rien. » précise Mickaël Loones. « ça devient de plus en plus compliqué pour les professionnels d’avoir des logements décents, près des établissements » ajoute Bruno Mouchard.

Pour Béatrice Lacaze, « il faut vraiment réfléchir à comment on fidélise, comment une association s’engage, notamment pour soutenir le logement, la formation… On a beaucoup de gens qui ne sont pas diplômés, comment on va les aider, les former ? »

« Beaucoup de choses vont changer après cette crise » ajoute Mickaël Loones « Le covid va nous ouvrir beaucoup de perspectives, on sait déjà qu’on ne repartira pas comme avant, on va parler d’inclusion, de participation. On essaye de faire accepter l’impossible en ce moment, ce n’est pas possible de mettre de la qualité. »

« Pour tenir dans cette traversée, il va falloir favoriser de micro-projets. Faisons venir la culture dans nos institutions, des musiciens, du théatre… Prenons de la hauteur, regardons ce qu’il va changer. Il va y avoir un avant et un après Covid. » conclut Béatrice Lacaze.

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